jeudi 14 mars 2013

Fonds d’appui au développement communautaire : Engager les communautés guinéennes dans leur propre développement

Article et photographies de Julie Dubois, Tostan Guinée.
 
Les pistes de la Guinée Foresière.
Il est toujours agréable de circuler sur les pistes de la Guinée Forestière à la période de la récolte du café car si l’on prend le temps d’humer l’air frais, l’odeur du café grillé vient nous chatouiller les narines et nous transporte alors directement devant une tasse d’expresso. 

Le 5 février 2013, Tostan Guinée a eu l’occasion d’échanger avec ces producteurs de café lors d’une réunion de suivi pour évaluer l’utilisation des fonds d’appui au développement communautaire dans la communauté de Gnalakpalé. Cette réunion, a regroupé les différents Comités de Gestion Communautaires (CGCs) de la zone de N’Zérékoré et a ainsi permis d’observer les initiatives menées dans le cadre de leur développement. 

Le village de Gnalakpalé a été choisi pour accueillir la réunion grâce à son dynamisme. Lors de la dernière réunion de suivi qui a eu lieu huit mois auparavant, Gnalakpalé s’est illustré à travers ses activités comme étant la communauté qui a le plus fait fructifié ce fond d’appui au développement.

Tôt le matin, nous sommes accueillis par les sages du village avec les traditionnelles 10 noix de kola et la phrase « vous avez quitté chez vous, vous êtes ici chez vous ». 

Après les mots d’ouverture, la parole a été donnée aux représentants des CGC afin d’exposer aux autre communautés voisines comment leur village avait fait fructifié le fond d’appui au développement mais aussi de s’inspirer des bonnes pratiques des autres et apprendre de leurs erreurs.

Les membres des CGCs pendant la réunion.
Les coordinateurs et trésoriers de chaque CGC du Programme de Renforcement des Capacités Communautaires (PRCC) actuel et de l’ancienne extension ont participé à cette réunion. Cela a donné l’occasion à d’anciennes connaissances de se retrouver et de constater que même plusieurs années après la fin du PRCC, les communautés restent actives et engagées dans leurs initiatives du développement, grâce au dynamisme des CGC. 

Chaque communauté a bénéficié d’un fond d’appui au développement de deux millions de francs guinéens (environ 217). La majeure partie des CGC ont fait le choix d’utiliser les fonds d’appui au développement pour soutenir la production agricole de la région comme la production du café. Les CGC octroient de l’argent au début de la période agricole et sont remboursés en nature (sacs de riz ou de café) qu’ils revendent lorsque le prix est favorable. Ce système permet de soutenir les agriculteurs qui font souvent face à des difficultés financières pour commercer les travaux champêtres.

Les sacs de café.
L’autre partie des CGC a mis les fonds d’appui au développement à disposition des communautés sous forme de crédit rotatif permettant ainsi aux bénéficiaires de mener des initiatives de développement et des petits commerces. 

Dans la communauté de Duola, le CGC a mis en place une caisse sociale qui accorde un prêt sans intérêt pour l’achat de médicaments en cas de maladie. A Tamoé, les bénéfices ont servi à acheter des fournitures scolaires et mettre en place un centre de loisirs. A Kpoulou, Kolakpata, Ouléla et Komata, des infrastructures ont pu être réparées (pompes, routes) ou mises en chantier (construction d’un centre de santé, agrandissement de l’école). 

La journée s’est achevée par un délicieux repas et une visite du grenier de stockage des sacs de café du CGC de Gnalakpalé : une quarantaine de sacs qui peuvent se revendre à plus de 500 000 FG (environ 54) alors que le fonds d’appui était au départ de deux millions de FG ! Pas besoin de prendre la calculatrice pour comprendre que leur projet de construction d’une école maternelle va vite être réalisé !



mercredi 13 mars 2013

“Pour vous, mes sœurs!” : Célébration de la Journée internationale des femmes à la prison pour femmes de Rufisque au Sénégal


Sur la place centrale de Rufisque, au Sénégal, l'une des plus grandes villes du pays, une marée humaine vêtue de vêtements fabriqués de tissus bruns est rassemblée à l'extérieur de la maison d'arrêt et de correction pour femmes pour célébrer le 8 mars, la Journée internationale des droits des femmes. Les couleurs assorties, portées par les détenus et les visiteurs, mettent en évidence le sentiment de solidarité et soulignent que nous sommes tous égaux et dignes des mêmes droits humains.

Quarante-deux des femmes détenues dans l'établissement participent au programme de Tostan mis en place dans l’enceinte de la prison. Depuis 2003, Tostan a mené au Sénégal une version adaptée de son Programme de renforcement des capacités communautaires (PRCC) auprès de détenus hommes et femmes. Le projet est maintenant mis en oeuvre dans cinq prisons et vise à préparer les détenus à réintégrer la société à leur libération. A travers le PRCC, les participants prennent part à des discussions dans leur langue animées par un facilitateur de Tostan. A cette occasion, ils apprennent, échangent et débattent sur les droits humains, la santé, l'hygiène, l'alphabétisation fonctionnelle, le calcul et la gestion de projet. Lors de la célébration de la Journée internationale des droits des femmes, les membres du Comité de Gestion Communautaire (GCC) ont présenté un sketch mettant en scène l'arrestation d'une femme, les premiers obstacles auxquelles elle a dû faire face en prison, comment le programme de réintégration lui a permis d'appréhender de nouvelles idées et compétences, et comment elle a pu se réconcilier avec sa famille après avoir été libérée.

Lors de l’événement, une table était installée avec un empilement de produits colorés rendant hommage aux compétences acquises par les femmes du projet. Les détenues apprennent à faire des jus de fruits, à broder, et le processus de traitement des graines céréalières locales au cours de séances de formation dispensées par des formateurs, souvent d'anciennes détenues. Ces compétences permettent à beaucoup de femmes de prendre confiance dans le fait qu'elles seront en mesure de subvenir à leurs besoins financiers, une fois libérées. Les biens produits par les participantes en prison sont vendus localement aux membres de la communauté. Les fonds ainsi collectés sont utilisés pour acheter du matériel et pour financer un fonds de soutien social pour le traitement éventuel de détenues malades. Des fonds sont également répartis entre les participantes, les aidant à économiser lors de leur séjour en prison.

Mariama Ndiaye (nom changé), l'une des détenues qui participe au projet, a prononcé un discours devant la foule réunie pour l’événement. Elle dit avoir apprécié la solidarité manifestée lors de cette célébration en faveur des droits des femmes et des enfants et que le rassemblement a permis aux détenues de sentir qu'elles n'étaient pas victimes de discrimination en raison de leur statut. Plus tard, Seynabou Ndiaye, un membre de l'administration de l'établissement, a fait écho à ce ressenti en expliquant : "entre nous et les détenues, c'est comme une famille.".

Alors que la cérémonie prend fin, une femme vendant des légumes à proximité de la place s'approche de la foule et place de la laitue sur la pile de cadeaux destinés aux détenues : "Pour vous, mes sœurs !" Dit-elle en souriant et faisant signe à ces femmes.


*Photos de Shona Mcloed, Tostan

vendredi 8 mars 2013

Des hommes se mobilisent pour l'abandon des violences faites aux femmes !

En amont de la 57ème session de la Commission de la Condition de la femme des Nations Unis, Bacary Tamba, responsable à Tostan de la relation avec la diaspora, s'est rendu à Washington DC et New York. L'objectif de cette visite était de témoigner de l'ampleur grandissante du mouvement de promotion des droits humains en Afrique auprès de Melanne Vervee Ambassadrice extraordinaire des femmes dans le monde pour le compte du gouvernement américain, des Nations Unies et des ONGs. Lors de son séjour, il a participé à de nombreux panels pour discuter de l'élimination des violences faites aux femmes et en particulier de l'abandon de l'excision.


Il y a un an déjà, des leaders masculins de Tostan Sénégal et Gambie rendaient visite au Centre Sauti Yetu pour les femmes africaines de New York.

 
A l'occasion du sommet des Femmes dans le monde qui s'est déroulé autour du 8 mars 2012 à New York, les Imams Demba Diawara et Adboulie Sidibeh, défenseurs des droits humains, ont visité le Centre Sauti Yetu pour les femmes africaines. Revenons sur le fabuleux travail que réalise cette organisation aux Etats-Unis.

Sauti Yetu, qui veut dire « notre voix » en swahili, est une organisation non gouvernementale engagée pour créer du lien entre l'action militante en faveur de la justice sociale et les recherches académiques pour promouvoir les droits des femmes et des filles africaines. Demba et Abdoulie ont partagé leur expérience et leur engagement pour les droits humains avec le personnel de Sauti Yetu et ainsi démontré que les hommes aussi peuvent être de fervents partisans de l'autonomisation des femmes.
 
Demba et Abdoulie travaillent sans relâche pour améliorer la santé et le bien-être des femmes et des filles dans leur communauté. Dans la continuité du modèle de Tostan, Demba voyage de village en village, dans son pays natal le Sénégal, pour faciliter le dialogue autour de l'abandon de l'excision et des mariages précoces/forcés. De son côté Abdoulie, ancien participant fortement investi dans le Programme de Tostan en Gambie, organise des événements de sensibilisation pour mobiliser son réseau social en faveur des droits des femmes. Il a ainsi été l'un des piliers de l'organisation de la 3e Caravane annuelle des jeunes de Gambie en octobre 2011.
 

L'empowerment des femmes est de la responsabilité de tous !

 
Partageant la volonté de Tostan d'ouvrir la discussion et de permettre le dialogue, Demba et Abdoulie ont saisi l'opportunité de cette rencontre pour discuter des droits des femmes avec les militants du Centre Sauti Yetu de New York. Ils ont discuté de l'approche de Tostan pour le respect des droits humains et célébré l'engagement actif des femmes, des hommes et des jeunes africains dans le mouvement d'abandon des pratiques traditionnelles néfastes. C'est dans le but d'élargir la portée de ces dynamiques nées en Afrique que le Centre Sauti Yetu travaille à l'implication des populations migrantes dans le mouvement de promotion des droits humains.

Pour en savoir plus sur leurs activités, visitez leur site internet : www.sautiyetu.org

Continuons à créer des ponts entre toutes les rives de l'océan Atlantique !

 

Agir pour l'abandon des violences envers les femmes et les filles : comment le programme de Tostan aborde les violences basées sur le genre

A l’occasion de la Journée Internationale des Droits des Femmes, dédiée cette année à la lutte contre les violences faites aux femmes, revenons sur la manière dont le programme holistique de Tostan aborde la question.
 
8-mars-2013-tostan
Les violences envers les femmes et les filles constituent l’un des principaux obstacles au bien-être de communautés, où leur sécurité physique est parfois mise en péril, où il leur est impossible de faire des études, d’être actives économiquement, ou encore de faire des choix concernant le nombre d’enfants qu’elles souhaitent avoir. Dans de nombreuses communautés en Afrique, les violences de genre se manifestent à travers la violence domestique, les mariages précoces et forcés, l’excision et le manque de pouvoir des femmes dans les prises de décision.
De nombreuses séances du programme d’éducation de Tostan abordent la question des violences de genre en fournissant aux participants le savoir et les compétences qu’ils pourront mobiliser pour améliorer le statut des femmes et des filles dans leur communauté.
Dès le début du programme, les méthodes participatives et les techniques traditionnelles de communication incitent les femmes et les filles à s’exprimer en public. Loin d’être des conférences, les classes de Tostan correspondent plutôt à des discussions interactives au cours desquelles la voix de chacune et chacun est importante. De nombreuses filles et femmes n’ont pas l’habitude de s’exprimer publiquement, en particulier en ce qui concerne les sujets liés à leur bien-être. Ces sessions leur permettent d’acquérir suffisamment confiance en elles pour exprimer leur opinion et s’engager dans les décisions communautaires.
Les premières séances du Kobi - la première phase du programme de Tostan - sont dédiées à la démocratie et aux droits humains. Les participants apprennent que chaque membre de la communauté a le droit de s’exprimer, à être protégé contre toute forme de violence et de discrimination, a droit à la santé, à l’éducation, à de bonnes conditions de vie et à l’égalité devant la loi. Les facilitateurs et les facilitatrices mettent ces droits en perspective avec le contexte local et encouragent les participant-es à discuter des aspects de la vie de la communauté qui respectent ces droits et à réfléchir aux responsabilités qu’ils induisent. Ils discutent également des pratiques et des normes susceptibles d’entraver le bien-être et la dignité des membres de la communauté tout en réfléchissant à une vision commune du développement pour le village. Un consensus se construit ainsi dans le groupe au tout début du programme.
Après avoir discuté des droits humains, les participants apprennent les cinq étapes d’un processus simple de résolution des problèmes. Celui-ci peut être appliqué à tous les domaines de la vie quotidienne, des conflits interpersonnels à la gestion de projet. Les participant-es travaillent à partir d’exemples sur la manière d’appliquer ce processus à leur vie quotidienne, en utilisant un cadre simple qui leur permet de trouver des solutions pour résoudre des problèmes dans leur foyer ou dans le cadre de la vie communautaire.
Beaucoup de femmes de ces communautés utilisent le savoir et les connaissances qu’elles ont acquis grâce au programme de Tostan en assumant des rôles de leader dans les Comités de Gestion Communautaire (CGC). Les CGC sont très actifs dans l’organisation d’activités communautaires telles que les journées de nettoyage, les campagnes de vaccination et les déclarations publiques pour l’abandon des pratiques traditionnelles néfastes, comme l’excision et les mariages précoces et forcés. En prenant la tête de ces activités et des comités de gestion, les femmes investissent progressivement de nouveaux rôles sociaux dans leur communauté.
La diffusion de ces nouveaux savoirs et de cette nouvelle vision hors de la communauté grâce à la diffusion organisée permet de constituer une masse critique de personnes favorables à des changements positifs. Les communautés s’unissent autour d’un mouvement pour un changement social positif. Les déclarations publiques, au cours desquelles elles se réunissent pour promouvoir les droits humains et l’abandon des pratiques traditionnelles néfastes constituent souvent le point d’orgue de ce processus. Ces déclarations et ces nouvelles connaissances permettent de dépasser le tabou qui existait sur les violences basées sur le genre et engagent les communautés à mettre fin aux violences envers les femmes.

Photo : A.Rowe/Tostan (femmes de Bougnadou Manjaque, Sénégal)

Déclaration Publique pour l'abandon de l'excision : 128 communautés déterminées à respecter les droits humains au Sénégal

Dimanche 24 février, 128 communautés de la région de Kolda ont annoncé publiquement leur décision d’abandonner l’excision et le mariage précoce et forcé. Plus de 1000 personnes sont venues assister à l’événement, qui s’est déroulée dans le village de Fafacourou.
 
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Les enfants ont joué un sketch sur les effets néfastes de l'excision et des mariages précoces/forcés

 
Malgré la chaleur, des représentants des villages impliqués dans la déclaration mais aussi de communautés d’autres régions du Sénégal et de Gambie ont fait le déplacement pour manifester leur solidarité à ce mouvement d’abandon des pratiques traditionnelles néfastes.
Les chaises se sont remplies rapidement, sous les tentes qui arboraient fièrement des banderoles telles que « Protégeons l’intégrité physique de nos filles » ou « Fafacourou et ses environs ont définitivement tourné le dos à l’excision et aux mariages précoces ». Femmes, hommes et enfants se sont amassés derrière les rangées de sièges pour être eux aussi les témoins d’un événement historique dans la région de Kolda, au sud du Sénégal.
La journée s’est déroulée au rythme des chants, des sketchs joués par les jeunes et de discours de différents dignitaires. La musique traditionnelle peule a succédé aux mots de bienvenue du chef de village de Fafacourou et à la prière d’ouverture de l’Imam. Plus tard, un groupe de jeunes de Fafacourou occupe la scène : ils rejouent l’intervention d’une communauté pour empêcher un père de marier sa fille de force. Une seconde scène confronte un chef de village et une mère, déterminée à faire exciser sa fille. Les enfants achèvent leur performance par une chanson sur les droits humains et l’abandon de l’excision et des mariages précoces et forcés.
Khalidou Sy, Coordinateur national
de Tostan Sénégal
Maroum Diao, ancienne exciseuse, a partagé son histoire sur la manière dont elle pris conscience des dangers de la pratique et des raisons pour lesquelles elle a décidé de l’abandonner. Quand Tostan a démarré ses activités en 2011 à Saré Bouré, son village, les conséquences néfastes de l’excision telles que les hémorragies étaient attribuées à des rivalités mystiques entre exciseuses. Grâce aux activités de sensibilisation menées dans le cadre du programme de Tostan, Maroum Diao et les autres membres de sa communauté ont pris conscience que l’excision était à l’origine des problèmes de santé des femmes et des filles et ont pris la décision d’abandonner cette pratique traditionnelle.
Avant que la cérémonie ne prenne fin, le coordinateur national de Tostan au Sénégal, Khalidou Sy, s’est exprimé sur l’importance d’un tel événement. Remerciant les représentants des communautés et les partenaires, il a rappelé que toutes et tous sont unis par un seul but : « la santé et le respect des droits humains ».
 
 
Photographies d’Allyson Fritz et de Meagan Byrne, Tostan
 
Blog personnalisé par Salim Dramé